ET SI C'ÉTAIT VRAI?
(Take Me Home)
De LEA
Traduit de l'américain par Annik
Vincent s’éveilla dans une réalité plus merveilleuse encore que le plus merveilleux des rêves. Catherine était dans ses bras, dans son lit, encore paisiblement endormie. Elle était En-Bas depuis dix jours et chaque matin, la trouver là était comme un nouveau miracle.
Il s’étonnait encore de la facilité avec laquelle Catherine s’était intégrée dans la vie du monde d’En-Bas… et dans sa vie à lui. Physiquement, elle s’était très vite rétablie. Trois jours auparavant, Père avait retiré les agrafes d’une blessure presque complètement cicatrisée et la zone rasée de sa tête était suffisamment peu étendue pour qu’elle puisse la dissimuler sous ses cheveux.
Deux jours après son arrivée, elle l’avait gentiment renvoyé à ses tâches habituelles en l’assurant qu’elle allait bien et n’avait pas tardé à trouver de quoi s’occuper. Elle aidait Rébecca à fabriquer les bougies pour la Fête de l’Hiver, donnait des cours d’histoire aux plus grands des enfants et prenait part aux tâches et corvées de la communauté, qu’il s’agisse de débarbouiller les petits où d’éplucher les pommes de terre, comme si elle n’avait jamais rien fait d’autre de toute sa vie. Après un peu de gêne initiale, les autres habitants des tunnels, prévenus par Père avant son arrivée, lui avaient rapidement fait une place parmi eux, conquis par son sourire et son efficacité.
Ses soirées étaient réservées à Vincent. Après avoir lu une histoire aux enfants, ils allaient se promener tous les deux, à moins qu’ils ne rendent visite à Père dans son bureau pour bavarder ou faire une partie d’échecs. Depuis son arrivée, Catherine se comportait vis-à-vis de Père comme une fille aimante, avec une affectueuse familiarité qui n’empêchait pas quelques taquineries…et bien que Père s’en montre parfois un peu gêné, il était visible que cela lui faisait chaud au cœur.
Ensuite, ils rentraient dans « leur » chambre, un moment que Vincent attendait et redoutait tout à la fois. Car, même si Catherine avait accepté sans trop grogner les restrictions « médicales » de Peter sur leur supposée vie sexuelle, ils partageaient encore un peu trop d’intimité physique pour qu’il se sente à l’aise.
Visiblement, dans l’esprit de Catherine, les recommandations de Peter ne s’appliquaient ni aux baisers, ni aux câlins… elle le rendait parfois fou de désir et l’étincelle espiègle dans ses yeux prouvait qu’elle en était bien consciente et se retenait uniquement par égard pour lui, parce qu’elle le savait décidé à prendre au sérieux les ordres de Peter.
Mais cette douce torture était un bien faible prix pour toute la joie que sa présence continue lui apportait.
Il adorait l’embrasser, il adorait la tenir dans ses bras pendant qu’elle dormait, il adorait la regarder vivre dans ce qui était maintenant leur chambre et entendre tinter son rire joyeux.
Catherine était heureuse dans son monde. Plus heureuse qu’il ne l’avait jamais connue. Leur connexion vibrait de ce bonheur intense et de l’amour que Catherine lui portait. Un amour qu’elle pouvait maintenant exprimer pleinement, libérée des contraintes qu’il lui avait imposées. Un amour qu’il avait longtemps nié, bien qu’il y aspirât de tout son être, mais qu’il acceptait désormais avec bonheur. Un amour qui chantait dans son cœur, réchauffait son corps, éclairait jusqu’aux plus sombres tréfonds de son âme. Catherine vivait dans leur rêve et le lui faisait partager.
Il soupira. Si seulement ce rêve pouvait durer éternellement ! Mais c’était impossible. Catherine devait retrouver ses souvenirs et les affronter. Ce serait douloureux et il aurait voulu pouvoir lui épargner cette souffrance, mais ce n’était qu’à ce prix qu’elle pourrait commencer à guérir.
Il pouvait sentir le moment approcher. Les dernières nuits de Catherine avaient été troublées par des cauchemars. Pas assez violents pour l’éveiller, pas encore, mais il avait perçu son agitation. La fragile bulle d’illusion que Catherine avait bâtie pour se protéger ne tarderait pas à éclater, la laissant face à la cruelle réalité.
Il resserra son étreinte sur le corps doux et confiant qui reposait dans ses bras. Il serait là pour l’aider à traverser l’épreuve. Il faudrait peut-être du temps, mais Catherine était forte et il savait qu’elle finirait par s’en remettre.
Et à ce moment là, qu’adviendrait-il d’eux ? Vincent ne voulait pas se raconter d’histoires : leur relation ne serait plus jamais la même. Il se sentait maintenant incapable de lui refuser les mots d’amour qu’elle avait besoin d’entendre et comment pourrait-il vivre désormais sans les lèvres de Catherine sous les siennes, la chaleur de son amour dans son cœur ? Même si la vie heureuse qu’ils avaient partagée durant ces dix merveilleux jours était basée sur une illusion, il en était venu à penser qu’une telle vie n’était peut-être pas si impossible pour eux qu’il l’avait cru.
Catherine rêvait de vivre En-Bas à ses côtés. Elle voulait même l’épouser ! Trouverait-il le courage de réaliser son rêve, leur rêve ? Cela la rendrait-il vraiment heureuse ? La seule vie qu’il avait à offrir serait-elle suffisante pour la combler, pourrait-elle satisfaire la partie momentanément silencieuse de Catherine, cette moitié d’elle qui appartenait au monde d’En-Haut ?
La perspective de faire l’amour avec elle ne l’effrayait plus autant. Il commençait à s’habituer à toucher le corps de Catherine, à sentir ses mains sur lui. Il trouvait si naturel et si normal de la tenir dans ses bras, de l’embrasser, de la câliner qu’il en était venu à douter que quoi que ce soit puisse encore leur être interdit.
Et comment nier qu’elle le désirait ? Leur connexion, les regards et jusqu’aux moindres gestes de Catherine étaient inondés d’un désir dont la force le surprenait. Cette passion déchaînée et férocement possessive qu’il trouvait dans le cœur de Catherine faisait écho à ses propres sentiments, des sentiments violents dont il s’était toujours méfié, les attribuant à ce qu’il considérait comme son autre lui-même, mais qu’il devait maintenant reconnaître comme simplement humains, inspirés par la force de leur amour. Il en arrivait à croire ce que Catherine lui avait si souvent affirmé : elle n’avait rien à craindre de son côté obscur car cette partie de lui l’aimait aussi.
Catherine bougea dans ses bras et se blottit plus près, se frottant sensuellement contre lui. Les sensations qui lui parvenaient à travers leur lien et les mouvements lents et rythmés de son corps ne laissaient aucun doute à Vincent sur la teneur de ses rêves… Aime-la, aime-la maintenant ! Prends-la et garde-la pour toujours ! Vincent dut faire appel à tout son contrôle pour ne pas écouter cette voix intérieure, une voix dont il ne pouvait même plus rejeter la faute sur le côté obscur de sa personnalité.
Pas maintenant. Pas…encore !
Il se dégagea doucement pendant qu’il en était encore capable mais avant qu’il ait pu se lever, Catherine ouvrit les yeux et lui passa les bras autour du cou pour l’attirer contre elle.
— Vincent ? Il se retrouva baigné dans la lumière de son sourire et de ses yeux, dans la chaleur de l’amour et du désir qui l’inondaient à travers leur lien. Catherine l’appelait de tout son être et il fallut toute la force de sa volonté pour ne pas répondre à cet appel.
— Il… il faut que je me lève, Catherine, il y a une réunion dans le bureau de Père ce matin, parvint-il à articuler. Il tenta de se libérer mais elle tenait bon.
— Je vais me lever aussi, c’est mon tour d’aider Mary à s’occuper des petits… mais il n’est pas question que tu t’en ailles sans me dire bonjour !
Il se laissa embrasser, tremblant dans sa lutte désespérée pour maîtriser un désir qui menaçait de l’emporter. Quand elle s’écarta de lui, il mit un certain temps à reprendre son souffle. Il croisa son regard assombri.
— Catherine…
— C’est vraiment dommage que nous ayons tous les deux des choses à faire ce matin, souffla-t-elle, aussi haletante que lui. J’aurais vraiment adoré rester au lit avec toi, Vincent…et maintenant file, avant que je ne change d’avis !
— Après la réunion, je pars toute la journée avec Kanin et son équipe, pour creuser ce nouveau passage dans les niveaux inférieurs. Je te verrai ce soir, Catherine.
— Oui, ce soir,
Vincent. Il prit ses vêtements et se dirigea vers la salle de bains, essayant
de ne pas trop penser à la promesse implicite dans la voix de Catherine.
*****
Durant la
réunion, il eut beaucoup de mal à se concentrer sur les cartes et les plans que
père leur montrait. Il ne pouvait penser qu’à Catherine et à ce qui risquait
d’arriver ce soir s’il ne trouvait pas une solution. Il n’allait plus pouvoir
lui résister bien longtemps et elle le savait… Mais que faire ? Il n’était
pas question de s’enfuir loin d’elle, chercher refuge dans de profonds et
sombres tunnels, comme cela lui était parfois arrivé dans le passé lorsqu’il
sentait faiblir son contrôle. Catherine pouvait retrouver la mémoire à tout
moment, il ne pouvait pas l’abandonner et risquer de ne pas être là quand elle
aurait besoin de lui. Lui dire qu’il voulait dormir dans une autre
chambre ? Elle ne comprendrait pas et en serait blessée. Lui
expliquer ? « Désolé,
Catherine, mais tu vois, nous ne sommes pas vraiment mariés, je faisais juste
semblant.. »
Vincent soupira. Il se retrouvait bel et bien pris au piège, coincé, comme Peter le lui avait prédit, et tenta d’ignorer la voix traitresse qui s’en réjouissait tout au fond de lui. Ce soir, il irait en parler à Père. Celui-ci serait sûrement ravi d’une si belle occasion de placer son célèbre « Je te l’avais bien dit ! » mais ensemble, ils trouveraient peut-être quelque chose.
Il ramena son attention sur la réunion. Après, il s’en irait passer de longues heures à casser du rocher et, avec un peu de chance, reviendrait si fatigué qu’il n’aurait plus envie que de dormir… mais il en doutait. Quand Catherine était près de lui, le sommeil n’était jamais sa priorité, quelque soit son état d’épuisement.
En partant vers les niveaux inférieurs, l’équipe de travailleurs passa devant la pouponnière. Catherine était là, occupée à donner son biberon au petit Nathan, et Vincent resta quelques secondes à la contempler, fasciné par une scène qui éveillait en lui des émotions profondes.
Nathan était la dernière addition à la population des tunnels. Deux mois auparavant, Vincent, en se promenant dans le parc, avait entendu de faibles cris et trouvé une jeune fille inconsciente sous un buisson, un bébé en pleurs dans les bras. Il les avait ramenés dans les tunnels mais la toute jeune mère, presque une enfant, avait succombé à l’épuisement et à la dénutrition quelques heures à peine après son arrivée, malgré tous les efforts de Père. Le bébé bien qu’un peu affaibli, était en bonne santé. Sa mère avait visiblement usé ses dernières forces pour le nourrir et lui tenir chaud. Elle était morte en paix, entourée de sollicitude et rassurée sur le sort de son enfant, mais sa mort n’en restait pas moins une tragédie et une honte, qui avait lancé Père dans de violentes diatribes sur le manque de cœur du monde d’En-Haut et conduit Vincent à s’interroger une fois de plus sur le sort de sa propre mère.
Comme si elle avait senti la présence de Vincent, Catherine leva vers lui un sourire radieux avant de se pencher à nouveau sur le bébé. Vincent poursuivi sa marche comme un automate, stupéfait par la force de l’envie qu’il avait senti en elle, une envie qui faisait écho aux sentiments profondément enfouis que la vue de Catherine avec un bébé avait éveillés au fond de lui. Catherine voulait un enfant. Un enfant de lui !
Il passa la journée dans un tumulte de sentiments contradictoires, de questions, de doutes, d’espoirs et de craintes qui lui tourbillonnaient sans résultat dans l’esprit tandis que son corps travaillait avec une énergie désespérée, s’attaquant à la paroi rocheuse comme si elle était responsable de ses frustrations.
Quand ils repartirent vers les tunnels habités, il était si fatigué qu’il pouvait à peine marcher et ses bras lui faisaient mal. Ses compagnons lui jetaient des regards inquiets. Il n’avait pas dit un mot de toute la journée mais avait abattu le travail d’au moins trois hommes ordinaires, creusant comme si le roc était son ennemi personnel. Kanin l’avait déjà vu agir ainsi et cela avait en général quelque chose à voir avec Catherine. Comme tous les habitants des tunnels, il était d’avis que Vincent et Catherine devaient rester ensemble et espérait les voir enfin trouver le bonheur.
Vincent se dirigea vers la source chaude la plus proche de sa chambre. Il se souvint que Catherine avait promis aux enfants de les aider à faire des cookies. Avec un peu de chance, cela lui laisserait le temps de prendre un bain rapide et d’aller parler à Père. Se débarrassant de ses vêtements poussiéreux, il descendit dans le bassin et s’assit avec un soupir d’aise sur le banc de pierre qui en faisait le tour. Il se rappela qu’il devait faire vite, mais l’eau chaude était si douce à ses muscles fatigués qu’il s’autorisa à se détendre, rien qu’une minute…
Quand il rouvrit les yeux, une demi-heure plus tard, il s’aperçut avec un choc qu’il n’était plus seul dans le bassin. Catherine était là, glorieusement nue, à se rincer les cheveux. Il fallait qu’il sorte de ce bassin le plus vite possible, il le savait bien, et pourtant il resta là, incapable de la quitter des yeux, regardant jouer ses muscles sous la peau mouillée, fasciné par le mouvement de ses seins chaque fois qu’elle levait les bras pour se verser de l’eau sur la tête.
Elle s’aperçut qu’il la regardait et lui sourit.
— Enfin réveillé ? Elle paraissait parfaitement à l’aise, comme si prendre un bain avec lui était pour elle la chose la plus naturelle au monde. J’ai entendu annoncer sur les tuyaux que l’équipe était de retour et je pensais bien que tu viendrais tout droit ici. Alors, quand Samantha m’a renversé tout un bol de glaçage sur les cheveux, j’ai décidé de te rejoindre et je t’ai trouvé endormi du sommeil du juste. Mon pauvre chéri, tu dois être si fatigué ! Laisse-moi m’occuper de toi.
— Catherine… je dois… Père… Il fit mine de se lever, s’arrêta net en prenant soudain conscience de son état et lui tourna le dos pour sortir du bassin mais elle le retint.
— Père peut quand même attendre que tu aies fini de prendre ton bain ! Tes cheveux sont encore pleins de poussière, viens, je vais te les laver. Le contact léger de sa main était comme un fer rouge sur sa peau nue, et il se laissa mener vers la partie la moins profonde du bassin, où elle le fit asseoir, de l’eau jusqu’à la poitrine, et s’agenouilla derrière lui. Avec un soupir de défaite, il s’abandonna aux petites mains aimantes qui lui versaient avec précaution de l’eau sur la tête, délogeaient la poussière et les gravillons nichés dans ses cheveux et lui massaient tendrement le cuir chevelu. C’était si bon ! Personne n’avait ainsi pris soin de lui depuis son plus jeune âge. Dès qu’il avait été capable de prendre soin de lui-même, il s’était toujours baigné seul, refusant d’exhiber aux yeux des autres ce corps animal qui était le sien. Mais Catherine ne montrait aucun signe de répugnance, loin de là. Il pouvait sentir l’amour et la satisfaction qu’elle éprouvait à le regarder, à le toucher.
Après lui avoir rincé les cheveux, elle prit le savon pour lui frotter les épaules et le dos. Il ne put retenir un gémissement de plaisir quand elle se mit à le masser doucement, chassant la tension de ses muscles douloureux. La partie consciente de son esprit lui hurlait de s’enfuir, mais les petites mains le retenaient aussi sûrement que des chaînes d’acier. Il sentit ses ongles lui descendre le long du dos, lui arrachant un nouveau gémissement, et perçut le plaisir et l’excitation grandissante que sa réaction suscitait en elle. Elle se colla contre lui, frottant ses seins contre son dos et il sentit des baisers sur ses épaules et sa nuque. Les mains de Catherine glissèrent sur sa poitrine pour venir lui caresser le ventre, le faisant frissonner, de peur ou d’impatience, il ne savait plus et à vrai dire, ne s’en souciait plus vraiment…
— Catherine ! Le nom se termina en un grondement sourd quand les petites mains atteignirent leur but. Il l’entendit rire doucement à son oreille.
— Eh bien, mon chéri, on dirait que tu n’es pas si fatigué que ça ! Elle le caressa encore, le faisant gronder de plaisir.
Sans lâcher prise, elle vint prestement s’agenouiller face à lui et s’approcha lentement. Il vit son visage enflammé, ses yeux assombris, sentit la vague brûlante de son désir et sut qu’il était perdu.
— Catherine ! Il fit une dernière tentative désespérée pour se dégager mais elle lui passa les bras autour du cou pour le retenir.
— Chut, mon amour, tout va bien ! Je t’aime et j’ai envie de toi. Maintenant ! On n’en parlera pas à Peter, c’est promis ! ajouta-t-elle, malicieuse Puis elle l’embrassa et il capitula dans un soupir, refermant les bras autour d’elle pour l’attirer contre lui. Émerveillé par le contact de sa peau nue, il s’abandonna totalement à l’assaut tendre et déterminé de Catherine. Sans la moindre hésitation, elle unit leurs deux corps d’un mouvement sûr et naturel, étouffant son cri d’un baiser passionné.
Tous les doutes, toutes les craintes de Vincent s’étaient envolés. Jamais, même dans ses rêves érotiques les plus fous, il n’aurait pu imaginer pareille extase. C’était si bon, si merveilleusement évident ! Elle était sa femme, sa compagne, et ce n’était que dans la douceur de sa chair, dans la chaleur de son amour, qu’il trouvait enfin sa place. D’instinct, son corps répondit aux mouvements de Catherine en un rythme aussi ancien que l’amour lui-même.
Leur connexion était plus forte que jamais. Le plaisir qui l’envahissait par vagues successives était celui de Catherine, le sien… le leur. Ils ne faisaient réellement plus qu’un et quand les vagues les emportèrent ensemble, il se perdit en elle de toute son âme, répétant son nom encore et encore dans un grondement sourd et rauque.
Durant de longues minutes, ils demeurèrent immobiles serrés dans les bras l’un de l’autre, tandis que les vagues se calmaient lentement. Finalement, Catherine s’écarta un peu et leva vers lui des yeux pleins d’amour, le visage empreint d’une satisfaction béate.
— Mmm, c’était merveilleux mon amour ! J’en avais besoin. Tous les deux, d’ailleurs, ça faisait si longtemps !
Soudain, comme un jet d’eau glacée, la réalité de ce qui s’était passé s’imposa à Vincent. Qu’avait-il fait ? Catherine n’était pas totalement elle-même, il aurait dû la protéger comme il le faisait toujours, la protéger même contre ses propres désirs ! Mais il avait été incapable de résister à l’appel insistant de ses sens. Il n’était…qu’un animal !
Il s’arracha à la chair douce comme si elle le brûlait, ignorant la protestation de Catherine, et bondit hors du bassin. Il s’enveloppa de sa cape, rassembla hâtivement le reste de ses vêtements.
— Vincent, qu’est-ce qui t’arrive ? Elle commença à sortir du bassin et il lui tourna le dos.
— Je t’en prie, pardonne-moi, Catherine ! gémit-il. Il pouvait sentir le choc qu’il lui causait, sa peine et sa totale incompréhension, mais s’arma de son mieux contre ces sentiments. Il fallait qu’il s’en aille, il ne pouvait plus se faire confiance en présence de Catherine. Il s’enfuit en courant.
— Vincent, attends ! Comme elle se précipitait à sa poursuite, son pied mouillé glissa sur le rocher et elle alla heurter violemment de la tête le mur de pierre.
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