ET SI C'ÉTAIT VRAI? 

(Take Me Home)

De LEA

Traduit de l'américain par Annik

 Chapitre 3

— Vincent ?

Le visage bien-aimé émergea des ténèbres et elle entendit sa voix.

— Je suis là, Catherine ! Est-ce que tu vas bien ?

— Ma tête… j’ai mal à la tête. Il… il m’a tiré dessus.

— Tiré dessus ?

— Salvano ! Elle regarda autour d’elle, vit Père et Mary. Vincent, tu m’as sauvée une fois de plus ! Dieu merci il ne t’est rien arrivé, j’ai eu tellement peur !

Elle les vit échanger des regards perplexes.

— Qu’est-ce qui se passe ? Vincent, dis-moi ce qu’il y a !

— Ce n’est pas moi qui t’ai sauvée, mais Joe.

Elle fronça les sourcils.

— Joe ? Mais alors… qu’est-ce que je fais ici ?

— Quelle est la dernière chose dont vous vous souveniez, Catherine ? intervint Père qui commençait à comprendre.

Elle se concentra un instant et agrippa la main de Vincent, les yeux agrandis d’angoisse.

— Salvano ! Il nous avait piégés dans cet entrepôt ! Il a… tué cet homme, et il a tué Michaels aussi ! Oh, Vincent, il y avait tellement de sang ! Elle s’accrocha à lui et il referma les bras autour d’elle pour la réconforter. Et j’avais si peur que tu ne viennes et que tu ne te fasses tuer à cause de moi ! Elle se blottit contre lui et ses yeux se remplirent de larmes. Michaels était si jeune, je n’arrive pas à croire qu’il est mort !

Il la tint dans ses bras jusqu’à ce qu’elle arrive au bout de ses larmes et finisse par s’endormir. La recouchant doucement sur le lit, il s’installa à son chevet pour veiller sur elle. Maintenant, elle allait pouvoir commencer à guérir. Et il pourrait être à ses côtés pour l’aider à traverser l’épreuve, puisqu’elle semblait avoir tout oublié de son inqualifiable comportement. Mais le prix à payer était lourd. Le prix, c’était leur rêve. Comme une terre promise, il lui avait été montré, puis repris, car il s’en était révélé indigne.

 
 

*****

 

Peter, descendu un peu plus tard pour examiner Catherine, ne put que confirmer le diagnostic de Père : le second choc à la tête avait fait ressurgir les souvenirs perdus mais semblait avoir effacé toute trace de ces deux dernières semaines. Peut-être lui reviendraient-elles un jour, peut-être pas. L’amnésie était un phénomène imprévisible, aux mécanismes encore mal connus. Ils lui firent un récit assez vague de son séjour En-Bas, omettant la partie « mariage » de l’histoire pour ne pas la perturber inutilement (et après un coup d’œil de Père au visage anxieux de son fils).

La version que Vincent lui avait donnée de l’accident était véridique, mais incomplète. Incapable même de penser à ce qui s’était passé, à plus forte raison d’en parler, il avait dit à Père que Catherine l’avait rejoint dans le bassin pendant qu’il dormait, qu’il s’était enfui et qu’elle était tombée en essayant de le poursuivre. Père avait accepté son histoire sans autre commentaire qu’un prévisible « Je te l’avais bien dit ! », rassuré de voir Catherine s’en tirer sans autre mal qu’une belle bosse et une légère écorchure.

Vincent abandonna sa chambre à Catherine et passa une nuit blanche près de la cascade, laissant le bruit de l’eau apporter un semblant de paix à son âme tourmentée.

Il retourna la voir le lendemain matin. Elle était levée et l’attendait, vêtue de ses habits d’En-Haut.

— Comment te sens-tu, Catherine ?

— J’ai un peu mal à la tête, mais à part ça, je vais bien. Elle lui sourit tristement. Il est temps pour moi de rentrer.

C’était presque une question et il acquiesça en silence.

— Je vais te raccompagner chez toi.

Ils échangèrent un long regard, sachant qu’ils pensaient tous deux à une conversation similaire, bien des mois auparavant. Il vit les larmes qui menaçaient, perçut sa détresse.

— Tu en as la force Catherine. Je le sais. Souviens-toi, je te connais ! Et je serai là chaque fois que tu auras besoin de moi.

— Je le sais bien, répondit-elle avec un sourire un peu tremblant. Elle soupira et redressa les épaules. Mais je ne rentre pas tout de suite à mon appartement, reprit-elle. Il faut que j’aille voir Joe, je ne l’ai même pas encore remercié de m’avoir sauvé la vie ! Et il a sûrement besoin de ma déposition.

— Catherine, tu devrais peut-être…

— Ce n’est que pour cette raison que je remonte. Il faut que ce soit fait et le plus tôt sera le mieux !

Il n’insista pas, conscient de l’énorme effort de volonté que lui demandait cette décision.

Quand ils atteignirent la sortie vers le parc et qu’elle se tourna vers lui pour lui dire au-revoir, toute sa bravade semblait s’être envolée.

— Oh, Vincent, je ne veux pas y aller, je ne veux pas te quitter !

Il la prit dans ses bras pour la réconforter. Il aurait tant voulu lui dire qu’il l’aimait, lui dire d’y aller avec courage, d’affronter ce qui devait l’être… et de revenir ensuite auprès de lui ! Il savait pourtant que ces mots donneraient à Catherine toute la force nécessaire, mais ne se sentait pas le droit de les prononcer. Plus maintenant.

— Je suis toujours avec toi, se contenta-t-il de répéter. Mais quand il la vit s’éloigner à regret vers la sortie du tunnel de drainage, toute petite et désolée, il dut se faire violence pour ne pas courir la prendre dans ses bras. Au lieu de cela, il actionna le mécanisme caché dans la paroi et la porte se referma entre eux, le laissant plus seul qu’il ne l’avait jamais été. 

 

*****

  

Catherine se blottit plus près de Vincent encore endormi et sentit ses bras se resserrer légèrement autour d’elle en réponse, tendres et possessifs. Le col ouvert de sa chemise de nuit laissait voir un triangle de fourrure dorée et elle retint l’envie d’enfoncer ses doigts dans la douceur soyeuse. Elle ne voulait pas le réveiller. Pas encore. Elle parvint à jeter un coup d’œil à son visage détendu. Il était si mignon quand il dormait ! Elle écouta les battements lents et réguliers de son cœur, inspira profondément la senteur musquée de sa peau et soupira de bonheur. Il était merveilleux…et il était à elle ! Protégée par les murs rocheux de leur chambre, blottie bien au chaud dans les bras de Vincent, Catherine se sentait en sécurité, elle se sentait aimée.

— Bonjour, Catherine.

La voix profonde la fit sursauter et elle se leva sur un coude pour contempler le visage souriant de Vincent.

— Bonjour, mon amour. Je suis contente que tu sois réveillé, il y a quelque chose que j’avais très envie de te dire.

Il arqua un sourcil.

— Je me demande bien de quoi il s’agit.

— Je t’aime ! Est-ce que tu te rends compte que je ne te l’ai pas dit depuis hier soir ? Ça fait affreusement longtemps !

Les yeux de saphir s’illuminèrent d’une chaude lueur.

— En vérité. Et cela fait tout aussi longtemps que tu ne l’as pas entendu. Je t’aime, Catherine !

Elle lui sourit, taquine.

— Et ça fait combien de temps que tu ne m’as pas embrassée, Vincent.

Il leva les bras pour l’attirer contre lui.

— Beaucoup trop longtemps, c’est certain, souffla-t-il. La bouche à nulle autre pareille captura celle de Catherine et…

Mais qu’est-ce que c’était que ce bruit ? Ce bruit aigu, insistant, désagréable. On aurait dit… un réveil.

C’était idiot. Il n’y avait pas de réveils, En-Bas. Pas besoin.

Catherine chercha à nouveau les lèvres de Vincent… pour s’apercevoir qu’elle ne tenait dans ses bras qu'un oreiller. Elle était dans son lit, En-Haut. Son lit froid et solitaire, dans cet appartement froid et solitaire, dans le froid et solitaire monde d’En-Haut ! Avec un cri de désespoir, elle jeta le réveil contre le mur pour le faire taire. Et se mit à pleurer, les bras autour des genoux. Un rêve, ce n’était qu’un rêve, encore une fois. Encore un de ces rêves qu’elle faisait presque toutes les nuits depuis plus d’un mois. Pas des cauchemars, oh, non ! C’étaient des rêves heureux, joyeux, leur seul défaut était de n’être que des rêves et elle trouvait de plus en plus insupportable de les voir s’enfuir le matin venu.

Ils n’étaient pas tous aussi… précis que le songe interrompu quelques instants auparavant par son réveil, mais ils parlaient tous de la même chose : une vie heureuse En-Bas aux côtés de Vincent, la réalisation de leur rêve. Elle s’y voyait, vêtue à la manière des tunnels, partager la vie quotidienne de Vincent. Tous deux, ils jouaient avec les enfants, discutaient au dîner avec Kanin et Olivia ou lisaient tranquillement dans leur (leur !) chambre.

Parfois Vincent ne se trouvait même pas avec elle, elle était en compagnie de Père, de William, de Rébecca, mais toujours, elle avait ce même sentiment…d’appartenance. Elle se sentait en sécurité, entourée d’amour et de chaleur… et elle se réveillait !

Elle jeta un regard dépourvu d’aménité à son appartement, dont les murs pastel lui renvoyèrent des ondes hostiles. Depuis son retour, trois mois auparavant, elle se sentait comme une étrangère dans cet environnement jadis familier et confortable. Au début, elle avait mis cela sur le compte d’une séquelle de son amnésie, qui passerait avec le temps. Mais en fait cela n’avait fait qu’empirer… et ces rêves n’arrangeaient rien !

Ils paraissaient si réels, même quand ils concernaient des choses dont elle n’avait jamais fait l’expérience dans la réalité… les baisers de Vincent, par exemple. Il ne l’avait jamais embrassée et pourtant, elle connaissait le goût de ses lèvres, la forme et la texture de sa langue, le contact aigu et lisse de ses canines. En présence de Vincent, elle devait se surveiller pour ne pas trop regarder sa bouche et contrôlait sévèrement ses émotions de crainte qu’il ne devine à quel point elle avait envie d’un vrai baiser, un baiser qui, elle en était certaine, correspondrait en tous points à ses rêves…

Et il y avait aussi cet autre rêve ! Il revenait régulièrement, surtout après les visites de Vincent sur son balcon. Son cœur battit plus vite rien que d’y penser. Dans ce rêve, elle se baignait avec Vincent dans une des sources chaudes. Elle avait ce corps magnifique à son entière disposition, avec toute liberté d’en faire ce qu’elle voulait et le moins qu’on puisse dire était qu’elle ne s’en privait pas ! Au début, elle le sentait prêt à s’enfuir mais il restait et l’instant le plus érotique était celui de sa capitulation, quand la panique dans ses yeux faisait place au feu d’un désir presque sauvage.

Le rêve était plein de détails d’une extrême précision : la solidité des muscles de Vincent sous ses mains quand elle lui massait les épaules, les grondements sourds et sensuels qui montaient de sa gorge quand elle le caressait. Son odeur, cette fragrance entêtante et musquée qu’elle n’avait fait que soupçonner auparavant sous les senteurs habituelles de bougie et de cuir qui imprégnaient ses vêtements. Et la vision glorieuse de son corps nu et doré !

Elle soupira. Penser à ce rêve ne lui faisait aucun bien. C’était déjà suffisamment embarrassant qu’il revienne après chaque visite de Vincent sur son balcon. Vincent l’aimait, de cela elle ne doutait pas une seconde, mais il se montrait toujours si réservé ! Allait-elle un jour se réveiller d’un de ces rêves pour se trouver déçue d’être en compagnie du véritable Vincent ?

Il fallait que cela cesse ! Elle aurait aimé pouvoir parler de ces rêves au Dr Sanders, mais c’était bien sûr hors de question. Nina Sanders était la psychothérapeute chez qui Peter avait insisté pour l’envoyer après son retour. Elle était spécialisée dans le soutien aux victimes ou aux familles de victimes d’accidents graves ou d’agressions, qu’elle aidait à surmonter le traumatisme subi. Catherine avait fait preuve d’une certaine réticence, au début, mais s’était vite trouvée conquise par la perspicacité de Nina et sa tranquille empathie . Après une série d’entretiens, elles avaient conclu ensemble que Catherine pouvait enfin laisser derrière elle l’épisode Salvano. Bien sûr, elle regretterait toujours d’avoir emmené Michaels ce jour-là, mais elle était désormais capable de vivre avec ces regrets. C’était Salvano qui avait tué Michaels, pas elle. Elle se sentait maintenant assez forte pour se retrouver face à Salvano et déposer calmement contre lui lors de son procès. Elle avait aussi beaucoup parlé de ses parents au Dr Sanders et sur ce point également, l’aide de la thérapeute s’était révélée précieuse. Mais Catherine ne pouvait pas lui dire un seul mot sur la partie la plus importante de sa vie…

Peut-être Peter pourrait-il l’aider ? Évidemment, elle ne pouvait pas tout lui dire… mais quand même assez pour qu’il comprenne. Elle l’appellerait de son travail pour lui demander de la recevoir à l’heure du déjeuner.

Son travail. Elle soupira de nouveau. À son retour, Joe lui avait annoncé qu’elle ne retournerait pas sur le terrain et à la grande surprise de son chef, elle n’avait pas protesté. Elle avait depuis longtemps dépassé le besoin de faire ses preuves qui l’avait conduite à se mettre si souvent en danger.

Sa vie, elle le réalisait maintenant, était si étroitement liée à celle de Vincent que le risque n’était jamais pour elle seule. Cette fois-ci, comme cela se produisait parfois dans des circonstances extrêmes, elle avait partagé les émotions de Vincent quand il se croyait sur le point de la perdre, un désespoir si violent qu’il avait même occulté sa propre terreur, et jamais plus elle ne voulait le faire souffrir de cette façon.

Le travail de recherche qu’elle faisait désormais était sans danger et pouvait même se révéler aussi utile que l’investigation sur le terrain, mais il était terriblement ennuyeux. Et chaque jour qui passait, elle trouvait de plus en plus dur de se traîner jusqu’au bureau.

Avec un soupir résigné, Catherine s’extirpa de son lit et se dirigea vers la salle de bains pour commencer une nouvelle journée.

 

 *****

 

Catherine s’efforça de concentrer son attention sur le rapport qu’elle rédigeait, mais son esprit en revenait sans cesse à Peter. Elle n’arrivait pas à croire qu’il avait souri à l’exposé de ses malheurs, et ce qu’il lui avait dit n’avait aucun sens.

— Cathy, tes rêves parlent du monde d’En-Bas, ce n’est pas En-haut que tu trouveras la solution !

— Peter, tu voudrais bien être un peu plus clair ? J’ai l’impression d’entendre Narcissa !

— Le seul conseil que je puisse te donner, Cathy, c’est de parler de tes rêves à Vincent.

— Mais Peter, je ne peux pas…

— Parle-lui-en ! Et maintenant, si tu veux bien m’excuser, j’ai des patients qui m’attendent. Et il l’avait gentiment, mais fermement, poussée vers la sortie.

Avec un soupir exaspéré, elle regarda autour d’elle. Comme presque toujours ces derniers temps, elle se sentait mal à l’aise dans ce bureau, déplacée, comme si elle vivait la vie de quelqu’un d’autre… Mais bien sûr ! Voilà ce que ses rêves signifiaient, ce que Peter avait essayé de lui dire. Cette vie n’était plus la sienne !

Comme après sa première agression, il était temps pour elle de faire dans sa vie des changements drastiques . Et ses rêves lui indiquaient clairement dans quelle direction…

Avec un regain d’énergie, elle se remit au travail. Avec un peu de chance, ce serait son dernier rapport, elle pouvait au moins en faire quelque chose de propre.

Une demi-heure plus tard, elle écrivit sa dernière phrase et referma le dossier. Elle rangea son bureau, prit son manteau, son attaché-case et entra en trombe dans le bureau de Joe.

— Joe, je démissionne ! Désolée, mais je ne peux plus continuer comme ça !

Elle se prépara à subir l’orage, mais à sa grande surprise, il se contenta de soupirer.

— Je sais, ma belle, je t’ai observée. Tu fais tout ce que tu peux…mais on voit bien que le cœur n’y est plus. Tu as peut-être besoin d’un peu plus de temps ? Le Dr Sanders…

— Elle ne pourra rien faire pour m’aider ! Il ne s’agit plus de ce qui s’est passé avec Salvano, j’ai dépassé tout ça, maintenant… mais les choses ont changé. J’ai changé. Je vais partir, Joe.

Il soupira encore et la regarda droit dans les yeux.

— Tu pars encore dans ton refuge secret… rejoindre ton mystérieux copain… Vincent, c’est bien ça ?

Elle manqua s’étrangler.

— Joe, que sais-tu de Vincent ?

Il haussa les épaules.

— Quand tu t’es réveillée, à l’hôpital, tu ne me connaissais plus mais tu l’as demandé, lui. C’est tout ce que je sais, mais ça en dit plutôt long !

Elle vit dans ses yeux qu’il en avait souffert et en souffrait encore, en dépit des explications du Dr Sanders sur sa perte de mémoire. Elle lui posa la main sur le bras.

— Désolée, Joe, je…

Il haussa à nouveau les épaules avec un petit sourire amer.

— Pas la peine d’être désolée, Cathy. C’est comme ça, voila tout. Je me demande quand même ce qu’il a de si spécial, ce mec !

Elle ne put retenir un sourire espiègle et répliqua sans réfléchir.

— Mieux vaudrait demander ce qui n’est pas spécial chez lui !

— Qu’est-ce que tu veux dire, s’enquit Joe en fronçant les sourcils.

Elle tenta de répondre sur un ton léger.

— Seulement qu’il est très spécial pour moi, voilà tout.

— Et quand est-ce que tu me le présentes ?

— Ce n’est pas si simple, Joe, soupira-t-elle. La décision ne m’appartient pas. Elle hésita avant de continuer, mais elle ne pouvait pas laisser Joe comme ça, elle lui devait au moins un semblant d’explication. Et tout au fond de son cœur, elle savait qu’elle pouvait lui faire confiance. Je sais que Vincent voudrait lui aussi te rencontrer, reprit-elle. Il t’est très reconnaissant de m’avoir sauvé la vie… il était là, lui aussi, mais il est arrivé trop tard, en même temps que la police. Si tu n’avais pas été là…

Joe secoua la tête.

— Je n’y comprends rien, Cathy. Comment savait-il que tu étais en danger? Et s’il était là, pourquoi est-ce qu’il ne s’est pas montré ? Ne serait-ce que pour savoir si tu allais bien !

Elle prit une profonde inspiration avant de répondre.

— S’il s’était montré, comme tu dis, tu lui aurais probablement tiré dessus.

— Tiré dessus, mais pourquoi ?

— À cause de son apparence. Vincent est… différent. Et avec ce qui s’était passé, toi et les autres étiez plutôt d’humeur à tirer d’abord et poser les questions après !

— Différent ?

— Tu n’as pas idée ! sourit-elle. Moi, je le trouve magnifique et je ne suis pas la seule, mais je ne nie pas qu’au premier abord il est plutôt… impressionnant. Son existence même doit rester un secret, sinon il serait en danger. Tu sais comme les gens peuvent avoir peur de tout ce qui est différent. Il y en a qui voudraient le tuer, d’autres qui le traiteraient comme un monstre de foire… ou un cobaye pour des expériences … Joe, Vincent est l’être le plus humain que j’aie jamais rencontré, mais à cause de ses différences, il est obligé de vivre caché, parmi des gens qui le connaissent et qui l’aiment.

Joe la regarda fixement en silence pendant un long moment tandis qu’il digérait la révélation, conscient qu’elle venait de lui confier ce qu’il y avait de plus important dans sa vie. Il se demanda ce qui pouvait bien clocher à ce point chez le fameux Vincent. Il était apparemment assez difforme pour avoir l’air d’un monstre aux yeux de certains, mais à en croire la lumière dans les yeux de Cathy quand elle évoquait le mystérieux homme de sa vie, c’était un point de vue qu’elle ne partageait absolument pas.

Il finit par sourire et vit le soulagement dans ses yeux.

— Alors, c’était pour ça, tous ces secrets ? Toutes les fois où tu semblais avoir disparu…

Elle lui rendit son sourire.

— J’étais chez Vincent, avec sa famille et ses amis. Mais cet endroit aussi doit rester secret, sa sécurité en dépend.

— Et c’est là que tu vas ?

— Oui. Vincent est forcé de mener une vie très confinée et jusqu’ici, il n’a jamais accepté de me laisser partager cette vie. Il croit que ce serait un trop grand sacrifice pour moi que de renoncer à tout ce que j’ai ici… Elle secoua la tête. Comme s’il pouvait y avoir quoi que ce soit de plus important que lui ! Alors je vais aller le rejoindre et lui demander, non, le supplier une nouvelle fois de me laisser rester avec lui… mais cette fois-ci, je ne le laisserai pas refuser !

La voyant au bord des larmes, Joe lui passa un bras réconfortant autour des épaules.

— Pour faire ça, Cathy, il faudrait qu’il soit le dernier des crétins… et une fille intelligente comme toi ne pourrait pas être aussi amoureuse d’un crétin !

Elle leva vers lui un sourire mouillé.

— J’espère vraiment que tu as raison, Joe !

— Bien sûr que j’ai raison, tout ira bien, tu verras… ou j’irai personnellement lui mettre mon poing dans la figure, à ce type !

Cela la fit pouffer de rire.

— Il vaudrait mieux pas ! Je ne voudrais pas qu’il t’arrive du mal. Elle l’embrassa affectueusement sur la joue. Merci de m’avoir écoutée, Joe.

— Merci de m’en avoir parlé. Je vois bien à quel point tout ça est important pour toi… Cathy, je veux que tu saches que tu peux me faire confiance. Et maintenant file ! Qu’est-ce que tu fais encore là ?

Elle déposa un léger baiser sur ses lèvres.

— Merci pour tout, chuchota-t-elle.

Il sourit, un peu gêné.

— Oublie ça, Chandler. Mais tu as intérêt à m’inviter au mariage !

Déjà à la porte, elle tourna vers lui un visage rayonnant.

— Compte sur moi ! Et tu peux me croire, Joe, si ce mariage a lieu, non, quand il aura lieu, il ne ressemblera à rien de ce que tu aies jamais connu !

Chapitre 4

 

 

Retour aux contes         Retour au sommaire