ET SI C'ÉTAIT VRAI? 

(Take Me Home)

De LEA

Traduit de l'américain par Annik

 

 

Chapitre 1
 

 

— Mauvaises nouvelles, Joe ! Salvano est au courant pour la rencontre de ce soir et il a bien l’intention d’y être.

Joe lança un juron.

— Tu es sûr, Tony ?

— Cet indic ne m’a encore jamais mené en bateau. Est-ce que Chandler…

Joe était déjà à la porte.

— Oui ! Et Michaels est avec elle. J’ai insisté pour qu’elle n’y aille pas seule, mais le petit ne fait pas le poids. Edie, appelle la police ! Tony, Jim, avec moi. Oh, bon sang, Chandler !

 

****

 

 

— Stan ! Catherine se tenait à l’entrée de l’entrepôt, Michaels à ses côtés. Elle savait qu’il avait peur et faisait de son mieux pour ne pas le montrer. Elle regretta d’avoir écouté Joe et emmené le petit avec elle. C’était un gentil garçon, tout frais sorti de la fac de droit et complètement inexpérimenté sur le terrain. Ce n’était pas que Catherine elle-même se sente si à l’aise que cela, à attendre un témoin potentiel, le soir, dans un entrepôt isolé… mais elle avait une chance d’avoir Salvano et elle ne la laisserait pas échapper ! Elle le savait responsable de plusieurs attaques de banques particulièrement sanglantes, sans avoir jusqu’ici pu trouver la moindre preuve contre lui. Un an auparavant, elle avait cru trouver un témoin, mais avant qu’elle ait pu le convaincre de déposer, l’homme avait disparu. Et sa femme enceinte avec lui. Salvano était un homme prudent. Catherine s’était sentie coupable, à l’époque, et n’en était que plus déterminée à avoir sa peau. Avec un peu de chance, le dénommé Stan aurait quelque chose de substantiel à lui offrir. Elle entendit des pas.

— Stan ? répéta-t-elle.

— Ms Chandler ?

— Oui. Où êtes-vous ?

D’un seul coup, l’entrepôt fut inondé de lumière.

— Il est ici, Ms Chandler !

Salvano lui-même se tenait devant elle, appuyant un revolver sur la tête d’un homme terrorisé. Catherine tenta de sortir son arme, mais sentit soudain quelque chose de froid sur sa nuque

— Je ne ferais pas ça si j’étais vous, ma petite dame !

 Deux des hommes de Salvano se tenaient derrière eux. Ils avaient été piégés. De toutes ses forces, Catherine se concentra pour vaincre sa peur. Vincent ne devait pas savoir, il n’était pas question de l’attirer ici ! Elle pouvait voir d’autres hommes armés derrière Salvano. Vincent n’aurait pas une chance !

— Alors voilà Catherine Chandler ! Vous savez que vous êtes une vraie plaie, ma jolie ? J’ai horreur qu’on mette le nez dans mes affaires. Je croyais que vous aviez compris ça après ce qui est arrivé à Korsky l’an dernier. Dommage que sa femme soit rentrée trop tôt…

Sur un geste de Salvano, ses hommes firent avancer Catherine et Michaels. Salvano sourit à Catherine, un sourire très déplaisant.

— Vous êtes du genre obstiné, hein ? Il faut que vous sachiez tout. Eh bien je vais vous montrer ! Il tordit le bras de l’homme, le faisant hurler. Cette espèce de rat puant croyait pouvoir me balancer et s’en tirer comme ça ? Regardez, ma jolie, regardez bien comment je traite les balances !

— Non ! hurla Catherine, mais c’était trop tard. La tête de l’homme explosa, l’éclaboussant de sang. Elle entendit un autre cri : Michaels. Elle se tourna vers lui et vit dans ses yeux qu’il savait, lui aussi. Ils étaient morts, jamais Salvano ne les laisserait vivre après cela. Elle vit Michaels redresser les épaules, accepter l’inévitable. Le gosse avait du cran, mais pour le moment elle ne pouvait penser qu’à Vincent. Elle savait qu’il avait dû sentir sa peur, qu’il allait venir… pour la trouver morte ou se faire tuer sous ses yeux. Non, Vincent, je t’en prie ne viens pas ! supplia-t-elle en silence, tout en sachant que c’était inutile.

— Maintenant vous êtes des témoins, tous les deux, et vous savez bien que je ne laisse jamais de témoins derrière moi, n’est-ce pas. Salvano leva son arme vers la tempe de Michaels.

— Non ! hurla encore Catherine.

— Je sais, normalement on fait passer les dames d’abord, mais j’ai envie que vous profitiez du spectacle !

Elle croisa le regard affolé de Michaels et ferma les yeux. Elle ne pouvait pas regarder. Un autre bruit assourdissant, une autre giclée de sang chaud sur elle, et la voix de Salvano.

— Et maintenant, à votre tour, ma jolie. Elle garda les yeux fermés. Elle pouvait voir le visage de Vincent dans son esprit, l’entendait crier son nom dans un rugissement désespéré. J’ai tellement de peine de devoir te quitter, Vincent ! Je t’aime !

Joe toucha Salvano à l’épaule, le faisant tituber er lâcher son arme, mais il avait eu le temps de presser la gâchette. La balle qui aurait dû tuer Catherine lui érafla le dessus de la tête avant d’aller se perdre dans le plafond. Deux des hommes de Salvano furent touchés par Jim et Tony et les autres s’enfuirent.

— Oh, Seigneur, Cathy ! Joe s’agenouilla près d’elle tandis que Tony menottait Salvano. Elle était couverte de sang et il chercha anxieusement des blessures. Il ne trouva qu’une grosse coupure au sommet du crâne, qui saignait beaucoup, comme toujours les plaies du cuir chevelu, mais ne semblait pas trop méchante. C’était le choc qui avait dû l’assommer.

— Tony, rappelle les flics, qu’est-ce qu’ils fichent ?

— Je les entends qui arrivent. Il y a aussi une ambulance.

 

*****

 

 

Vincent s’arrêta en haletant, plus sous l’effet de l’angoisse que de la rapidité de sa course, et se cacha dans l’ombre pour laisser passer trois voitures de polices et une ambulance qui s’arrêtèrent en hurlant devant l’entrepôt. Catherine était vivante, il savait au moins cela. Inconsciente, probablement blessée, mais vivante.  Il avait commencé à courir dès qu’il avait senti sa peur, bien qu’elle ait fait tout son possible pour la lui dissimuler. Il avait partagé son angoisse, sa terreur et sa certitude qu’elle allait mourir. Les larmes lui montèrent aux yeux. À ce moment-là, toutes les pensées de Catherine avaient été pour lui. Elle avait très peur qu’il ne lui arrive du mal, elle regrettait d’avoir à le quitter et elle l’aimait, oh, comme elle l’aimait ! Puis une explosion de douleur et elle avait sombré dans les ténèbres.

Les ambulanciers rentrèrent en courant dans l’entrepôt, chargés d’une civière, et en ressortirent quelques minutes après avec Catherine. Elle était toujours inconsciente, un pansement sur la tête. Un homme marchait anxieusement près d’elle, lui tenant la main. Vincent entendit quelqu’un l’appeler Joe, il s’agissait sûrement de Joe Maxwell. Catherine était visiblement en de bonnes mains, pourtant Vincent faillit rugir de frustration et d’angoisse, maudissant sa différence. Ce devrait être lui ! Il devrait être là-bas pour tenir la main de Catherine, l’accompagner à l’hôpital, être à ses côtés quand elle se réveillerait. Il dut retenir une envie féroce de courir à elle, d’écarter tous ces hommes et de l’emporter vers la sécurité des tunnels, là où il pourrait veiller sur elle, là où plus personne ne pourrait lui faire de mal…

L’ambulance démarra en trombe, toutes lumières dehors, tandis qu’on en entendait arriver d’autres, et Vincent repartit en courant vers la plus proche entrée des tunnels. Il fallait qu’il prévienne Peter.

 

 

*****

 

 

— Vincent !

— Cathy ! Tu es réveillée ! Comment te sens-tu ?

Sa vision d’abord brouillée finit par s’éclaircir, révélant un visage familier.

— Peter ? Qu’est-ce…

— Tu es à l’hôpital et tout va bien.

— Qu’est-ce qui m’est arrivé ?

— On t’a tiré dessus, tu ne te souviens pas ?

Elle se concentra en fronçant les sourcils.

— N…non. Peter, où est Vincent ?

— Il ne peut pas venir pour le moment, Cathy, tu le sais bien.

Elle jeta un coup d’œil circulaire au service des urgences où médecins et infirmières s’affairaient.

— Oui, bien sûr, je comprends.

— Mais il y a ici quelqu’un d’autre qui voudrait te voir.

— Hé, Cathy, cette fois tu nous as fait une belle frousse. Comment tu te sens ?

Elle plissa à nouveau le front.

— Excusez-moi, mais… qui êtes vous ?

Le sourire de Joe disparut.

— Cathy, tu te souviens de moi, non ? Joe, Joe Maxwell !

— Non, fit-elle en secouant la tête. Peter, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Ramène-moi chez moi, je veux voir Vincent !

Peter se tourna vers Joe.

— Pourriez-vous nous laisser, s’il vous plaît ? Elle est encore sous le choc.

— Oui, bien sûr. Je reviendrai demain. Soigne-toi bien, Cathy.

— Peter, qui est-ce ? Est-ce que je suis censée le connaître ?

— Tu as subi un terrible choc, Cathy. Est-ce que tu te rappelles quelque chose ?

— Non ! Qu’est-ce que je devrais me rappeler ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Mais tu te souviens de moi ? Et de Vincent ?

Elle parvint à sourire faiblement et son regard s’éclaira.

— Mais évidemment que je me souviens de Vincent, c’est mon mari !

 

*****

  

— Son mari ! s’exclama Vincent en ouvrant des yeux incrédules.

— C’est une des rares choses dont elle soit absolument certaine, sourit Peter.

— Amnésie ? s’enquit Père.

— Amnésie sélective, oui, c’est probable. Elle est encore faible et je n’ai pas voulu la harceler de questions, mais elle semble se rappeler parfaitement tout ce qui concerne le monde d’En-Bas, le nom des gens, les lieux. Par contre, elle ne se souvient que très peu de sa vie En-Haut. Et elle a perdu tout souvenir de son travail au bureau du procureur, au point qu’elle n’a même pas reconnu Joe Maxwell. Ma foi, après ce qu’elle a vécu c’est assez compréhensible.

— Que lui est-il arrivé ? demanda Vincent. J’ai senti sa terreur. Peter, elle était sûre qu’elle allait mourir !

— Eh bien, nous ne saurons pas toute l’histoire tant qu’elle ne sera pas en état de la raconter, mais Joe Maxwell pense avoir une bonne idée de ce qui s’est passé. Elle était sortie avec un collègue pour rencontrer un témoin potentiel et l’homme qu’elle poursuivait l’a appris. C’est un homme sans pitié. Il a tué le témoin et le compagnon de Cathy sous ses yeux, de si près qu’elle a été toute éclaboussée par leur sang.

Père frémit à cette idée et Vincent laissa échapper un grondement de colère.

— Ensuite, cela aurait certainement été son tour si Joe n’était pas arrivé. La balle ne l’a touchée que superficiellement mais je crains que le choc psychologique n’ait été beaucoup plus profond.

— Vous pensez qu’elle est…dérangée ? demanda Père. Vincent lui jeta un regard furieux et Peter se hâta de répondre.

— Non, bien sûr que non, mais elle a vécu quelque chose de terrible et pour le moment, elle est incapable d’y faire face. L’homme qui était avec elle était le plus jeune membre de l’équipe, « le petit », comme ils l’appelaient, et Joe m’a dit qu’il avait insisté pour accompagner Cathy, car il l’admirait énormément. Il est possible qu’elle se reproche également sa mort. Écoutez, je ne suis pas psychiatre, mais nous n’en avons pas sous la main, alors je vous donne ma théorie : je crois qu’elle s’est momentanément réfugiée dans un petit monde à elle, un monde où elle est heureuse et où elle se sent en sécurité, le temps de guérir.

— Et c’est En-Bas, mariée à Vincent, qu’elle se sentirait « heureuse et en sécurité » ? s’enquit Père, dubitatif.

— Apparemment. Remarquez, c’est assez logique : Vincent pour la sécurité et le monde d’En-Bas pour le bonheur… à moins que ce ne soit l’inverse ? répliqua malicieusement Peter.

Ce fut au tour de Père d’avoir l’air furieux. Vincent, lui, était sous le choc. Ce que décrivait Peter, c’était leur rêve. Confrontée à l’insupportable, Catherine avait cherché refuge dans leur rêve, s’en faisant un sanctuaire à l’abri du mal.

— Et vous dites qu’elle m’a demandé ?

— Ton nom est le premier mot qu’elle a prononcé à son réveil.

— Il faut que j’aille la voir !

— Vincent !

— Il le faut, Père.

— Ne vous inquiétez pas, Jacob, je pense que c’est sans danger. Sa chambre est au premier étage, pas grand-chose à escalader pour Vincent, et je ferai la sentinelle pour m’assurer que personne n’entre tant qu’il sera là.

— Mais Vincent, réfléchis, que vas-tu lui dire ? Elle croit que tu es son mari !

Vincent n’avait pas pensé à cela.

— Que croyez-vous que je devrais faire, Peter ?

— Joue le jeu. Elle est faible, vulnérable et elle a besoin d’être rassurée. Son amour pour toi, et le tien pour elle, ce sont presque les seules certitudes qui lui restent. Tu ne peux pas lui refuser cela, ou alors, il vaut mieux que tu n’y aille pas ! Mais quand même, ajouta-t-il en souriant, ça ne te sera sûrement pas si difficile que ça de dire à Cathy que tu l’aimes ?

— Vincent, tu ne peux pas…

— Si, Père, et je vais le faire. Vous savez que je l’aime, même si cela ne vous a jamais fait plaisir de l’entendre. Et comment pourrais-je ignorer la force de son amour pour moi, après avoir partagé ses pensées quand elle se croyait sur le point de mourir ? Père, même à ce moment-là, elle essayait encore de me protéger ! Croyez-vous que je pourrais lui refuser les mots qu’elle a besoin d’entendre ?

Père soupira, vaincu.

— Vincent, j’ai peur que tout cela ne te fasse du mal…

— C’est à Catherine qu’on a fait du mal, Père, et je ferai tout ce qu’il faudra pour l’aider à guérir.
  

*****

  

Peter ouvrit la fenêtre à Vincent et sortit discrètement de la chambre.

— Catherine !

— Vincent ! Oh, Vincent tu m’as tellement manqué !

Il s’agenouilla près du lit.

— Catherine, est-ce que tu vas bien ? J’étais si… Mais sans lui laisser le temps de continuer elle lui passa les bras autour du cou et l’attira à elle pour l’embrasser en plein sur les lèvres, la bouche ouverte, la langue cherchant la sienne.

Vincent fut pris par surprise, mais bien sûr, il aurait dû s’y attendre. N’étaient-ils pas censés être mariés ? Et Peter lui avait bien recommandé de jouer le jeu, alors il s’autorisa à l’embrasser comme il en avait si souvent rêvé.

C’était tout nouveau pour lui et l’espace d’un instant, il se demanda s’il faisait les choses comme il fallait, mais Catherine n’avait visiblement aucun doute à ce sujet. Il pouvait sentir son amour, sa joie et le plaisir qu’il lui donnait. Sans réfléchir, il intensifia le baiser, glissant ses bras autour d’elle pour la serrer contre lui. Son avidité le ravissait, sa bouche avait le goût du paradis. Il avait été si près de la perdre et voilà qu’elle était là, chaude et vivante, dans ses bras…

À moi, elle est à moi, gronda sauvagement une voix tout au fond de lui. Mais presque simultanément, une autre voix s’éleva, une voix qui ressemblait fâcheusement à celle de Père, pour lui rappeler que Catherine n’était pas vraiment elle-même et qu’il ne devrait pas en profiter pour… Soudain honteux de son comportement, il s’écarta d’elle aussi doucement que possible, mais ses doutes s’évaporèrent devant le regard rayonnant de Catherine et la certitude joyeuse qui émanait d’elle. Quoi qu’il puisse personnellement penser de ses actes, il avait fait exactement ce que Catherine attendait de lui.

— Oh, Vincent, je t’aime !

— Je t’aime, Catherine. Il s’émerveilla de s’entendre prononcer ces mots pour la première fois. Ils lui étaient venus si facilement, et ils sonnaient si juste ! Je t’aime tant ! Oh, Catherine, si je t’avais perdue…

Elle l’attira près d’elle et lui caressa les cheveux d’un geste apaisant.

— Chut, mon amour, c’est fini, je suis là, maintenant et jamais je ne te quitterai.

Vincent n’en croyait pas ses oreilles. Après tout ce qu’elle avait traversé, c’était encore elle qui le consolait ! Il toucha le pansement qui lui enveloppait la tête.

  Est-ce que tu as mal ?

— Un peu, quand même, répondit-elle. Dix points de suture et une légère commotion. Le pire, dans l’histoire, c’est qu’il a fallu me raser une partie de la tête. Pas beaucoup, à ce que m’a dit l’infirmière, mais il va falloir attendre qu’on m’enlève les pansements pour constater l’étendue des dégâts. Elle sourit, espiègle. Est-ce que tu m’aimerais encore si j’étais chauve, Vincent ?

— Je t’aimerai toujours, Catherine, toujours, répondit-il d’une voix enrouée d’émotion, ce qui lui valut un nouveau baiser. Quand il fut à nouveau capable de parler il s’enquit.

— Peter m’a dit que tu te ne souviens pas de ce qui t’est arrivé ?

Elle fronça les sourcils.

— Rien de rien. Ils m’ont dit qu’on m’avait tiré dessus mais… ça me fait mal à la tête quand j’essaie d’y penser, alors Peter m’a conseillé de ne pas m’en faire et de ne pas poser de questions. Il  dit que tout me reviendra naturellement quand je serai prête.

Vincent sentit sa détresse et resserra ses bras autour d’elle.

— Ne t’inquiète pas. Peter a raison, c’est juste une question de patience. Nous n’en parlerons plus.

— Je ne sais même pas ce que je faisais En-Haut. J’aurais dû rester En-Bas, on y est en sécurité. Oh, Vincent, s’il te plaît, ramène moi En-Bas ! Ramène-moi chez nous ! C’était la voix d’une petite fille effrayée et Vincent en eut le cœur serré.

— Catherine… Il fut interrompu par l’entrée de Peter.

— L’infirmière de nuit se dirige par ici. Il vaudrait peut-être mieux…

— Je reviendrai demain, Catherine, dit Vincent en se levant.

— Attends ! Peter, quand-est-ce que je pourrai rentrer chez nous ?

— Chez vous ?

— Catherine voudrait retourner En-Bas, précisa Vincent.

— Ah oui… eh bien, l’hôpital voudrait te garder encore deux ou trois jours sous surveillance, faire d’autres examens pour s’assurer…

— Deux jours, Peter, pas un de plus, et tu me laisses rentrer !

Peter acquiesça vaguement.

— Vincent, tu devrais vraiment t’en aller, insista-t-il.

— Oui, mon amour, vas-y, mais d’abord, embrasse-moi !

Il s’exécuta fort consciencieusement, sous les yeux intéressés de Peter, et disparut.

 

*****

 

— Vincent, tu ne peux pas faire cela !

— Il le faut, Père. Catherine a besoin de moi !

— Il y a sûrement un autre moyen. Peut-être que des professionnels…

— Vous ne pensez tout de même pas à envoyer Catherine dans un hôpital pour malades mentaux ? s’indigna Vincent.

— Même si elle acceptait, Jacob, cela ne servirait sûrement à rien, intervint Peter. Comment des gens qui ignorent tout de Vincent et des tunnels pourraient-ils l’aider ?

— Mais Vincent, tu ne te rends pas compte ! Elle croit que vous êtes mariés. Elle est sûrement persuadée que vous vivez ensemble dans ta chambre, que vous partagez le même lit et que vous y faites… ce que font habituellement les couples mariés. Et c’est ce qu’elle attendra de toi !

Vincent accusa le coup. Il y avait pensé, lui aussi.

— Nous partagerons ma chambre, Père, et nous dormirons dans le même lit, mais rien de plus que cela. Jamais je ne pourrais profiter de la faiblesse de Catherine pour…

— Je sais quel extraordinaire contrôle tu as sur toi-même, Vincent, coupa Peter, narquois. En revanche, après ce que j’ai vu hier soir, je ne suis pas du tout sûr qu’on puisse faire confiance à Cathy pour ne pas profiter de ta faiblesse. Tandis que Vincent virait au rouge vif sous l’œil soupçonneux de Père, il poursuivit : Je crois qu’il va falloir que j’invente une raison médicale quelconque pour l’interdire, mais je doute de pouvoir la retenir plus d’une semaine. Si elle n’a pas retrouvé la mémoire d’ici là, il faudra trouver autre chose… ou le pauvre Vincent risque fort de se retrouver coincé. Vous la connaissez : elle peut être terriblement obstinée quand elle s’y met ! Je vous l’amène demain soir. Soyez prêts ! En riant, il quitta la pièce, laissant Vincent, encore sous le choc, affronter les questions de son père.

 

Chapitre 2

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